Gouvernance

Vu ailleurs

Le piège de la gouvernance des entreprises à forte croissance

Les entreprises se démarquant par une croissance hors norme sont nombreuses à connaître des problèmes récurrents de gouvernance. Ceux-ci sont-ils intrinsèquement liés à leur mode de développement ?

Pour alimenter sa réflexion, le think tank Confiance & Gouvernance s'appuie sur des analyses et des travaux de recherche sélectionnés parmi de nombreuses sources référentes. Le think tank vous restitue ici les propos d'un article initialement publié par le Harvard Law School Forum sur le sujet de la croissance des licornes.

Vous connaissez forcément les "licornes", ces entreprises à forte croissance, valorisées à plus d'1 milliard de dollars dont la presse se fait régulièrement l'écho. Uber en est l'archétype. Pourtant, le leader mondial des VTC a traversé une année 2017 difficile. L'été a notamment été marqué par plusieurs démissions de cadres dirigeants, scandales de réputation et émaillé de tensions parmi les investisseurs. Pour résoudre ces problèmes, le conseil d'administration d'Uber a pris la décision de se séparer de son dirigeant fondateur et de lancer une IPO à l'horizon 2019. Celle-ci aura pour effet de soumettre l'entreprise à un modèle d'actionnariat classique, où les droits de vote des actionnaires seront déterminés par le nombre d'actions détenues.

Structure de financement

Le cas d'Uber n'est pas isolé : de nombreuses entreprises à forte croissance connaissent des problèmes de gouvernance. Cette tendance pourrait s'expliquer par une série d'initiatives de déréglementation, notamment de la part de la Securities Exchange Commission (SEC) qui a mené à un changement de structure de financement des start-ups. Ces réformes ont abouti à un élargissement des opportunités pour les investisseurs, affaiblissant au passage les différents mécanismes imposant une forme de rigueur et de discipline aux fondateurs d'entreprises.

Absence de contre-pouvoirs

Ces évolutions structurelles conduisent souvent les dirigeants à repousser le moment d'une éventuelle introduction en bourse. L'IPO n'est plus perçue par les créateurs de start-up comme un passage obligé en cas de forte croissance, mais plutôt comme un processus réglementaire lourd et contraignant qu'il est préférable d'éviter. Or, en l'absence de la perspective d'une introduction en bourse, les entreprises à forte croissance manquent d'incitations suffisantes pour développer des structures et des pratiques de gouvernance adaptées aux entreprises de leur taille.
Dans ces conditions, les fondateurs disposent généralement d'un pouvoir de décision total sur l'entreprise, sans qu'aucun de contrôle interne ne soit en mesure de jouer le rôle de contre-pouvoir. Il est alors difficile de limiter les comportements non éthiques et les fautes professionnelles.

Lacunes réglementaires

Selon Renée M. Jones, professeure au Boston College Law School et auteure de l'article, le législateur devrait tirer les enseignements de ces difficultés récurrentes et ainsi combler les lacunes réglementaires permettant aux licornes de rester non cotées pendant de longues périodes. "Les scandales qui ont éclaté récemment au sein de licornes ont montré que les investisseurs ont eu tort de croire aveuglément dans l'honnêteté et les compétences des fondateurs de start-ups", conclut-elle.

Photographie de une : "Arrow" by Caleb Roenigk (Flickr)

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