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Edouard Theron : "Le crowdfunding présente un risque de conflit d’intérêts"

Edouard Theron est cofondateur et directeur général de la plateforme Wirate. Celle-ci s’appuie sur l'intelligence collective puisée dans une communauté ouverte pour recueillir des informations sur les projets de start-ups. Il s’exprime sur le concept de crowdrating.

La confiance selonEdouard Theron

Pour Edouard Theron, l’essor du financement participatif a créé pour les particuliers un besoin d’information financière claire sur les start-ups.
Il a créé la plate-forme Wirate, qui permet à une communauté d’évaluer en ligne des projets de crowdfunding.
Pour lui, l’avis des experts ne peut être qu’enrichi par l’intelligence collective.

Quelle est l’activité de Wirate ?

Nous avons décidé de lancer Wirate à la suite de la vague de financement participatif que nous avons connue en France il y a quelques années, et plus particulièrement le boom du crowdfunding en equity. Nous avions la conviction que de plus en plus de jeunes sociétés allaient faire appel au grand public pour lever des fonds et trouver de nouveaux investisseurs. Nous pensions aussi que de plus en plus de particuliers voudraient donner du sens à leur épargne en investissant leur patrimoine dans des projets s’inscrivant dans l’économie réelle. A la suite de ce constat, nous avons déterminé qu’il y aurait besoin d’une information claire et simple pour aider les investisseurs non professionnels à prendre des décisions en toute connaissance de cause. C’est dans ce contexte que nous avons créé la plateforme Wirate. Il s’agit de la première communauté ouverte qui évalue une multitude de start-ups en cours de financement. Toute personne disposant d’un compte LinkedIn peut se connecter sur notre plateforme, piocher le ou les projets qui les intéressent, consulter les documents qui sont mis à disposition par les porteurs de projets, et répondre à un questionnaire pour procéder à l’évaluation. 

En quoi votre offre est-elle différente des agences de notation traditionnelles ?

Nous ne fondons pas nos résultats d’évaluation sur un audit réalisé en interne, mais sur le travail d’une communauté ouverte et publique. C’est du crowdsourcing adapté à l’évaluation de projet : le crowdrating. Nous nous sommes basés sur différentes études sur l’intelligence collective, et nous en avons déduit que la diversité des avis pouvait être plus efficace que les compétences individuelles. Notre pari est que les gens qui ne sont pas considérés comme des experts peuvent avoir un ressenti de bien-fondé sur un projet. Cette notion de feeling peut être très précieuse lorsqu’elle est portée par 100 ou 150 personnes. Pour reprendre une citation de Nicolas Colin et Henri Verdier, dans leur livre L’Age de la Multitude, « il y aura toujours plus d’intelligence à l’extérieur des organisations qu’à l’intérieur ». Cela ne veut pas dire que les experts n’ont pas leur mot à dire. Nous avons prévu d’ouvrir à terme d’autres questionnaires à ceux qui auront été identifiés comme experts par la communauté. Mais nous pensons que leur avis, aussi bon soit-il, ne peut être qu’enrichi par l’intelligence collective. Notre ambition est de leverager l’expérience qui se trouve partout dans le monde.

Votre solution peut-elle permettre de renforcer la confiance envers les start-ups ?

Toutes les projections plaident pour un très beau développement du crowdfunding dans les années à venir. Avec la montée en puissance de cette industrie, la question du conflit d’intérêts va fatalement se poser. Les plateformes de crowdfunding ont l’obligation de réaliser un audit précis des entreprises qu’elles veulent présenter à leurs communautés. Aujourd’hui, ces audits sont réalisés par les plateformes elles-mêmes, de la même façon qu’un fonds d’investissement fait travailler ses équipes pour déterminer si un dossier peut passer en comité d’investissement. Dans le même temps, ces mêmes plateformes conseillent les investisseurs sur leurs choix d’investissements. Mais la plus grande partie de leur rémunération se base sur le succès de la levée de fonds. Elles ont donc tout intérêt à ce que cette dernière soit opérée. Le risque de conflit d’intérêts existe bel et bien, même si nous ne doutons pas que les plateformes sont de bonne foi et fonctionnent en bonne transparence. C’est à cette situation que nous souhaitons répondre. Le but premier de Wirate est d’être vu comme un tiers de confiance, totalement impartial. 
 

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