Gouvernance

Transformation digitale : les boards sont-ils prêts ?

Les nouvelles technologies sont de plus en plus présentes dans toutes les strates de l’entreprise. Mais qu’en est-il des conseils d’administration ? Selon une étude d’Amrop, ils comptent trop peu de profils spécialisés dans le numérique, ce qui pèse sur leur capacité à initier le changement. D’autant plus que ce sujet est difficile à concilier avec celui de la cyber-sécurité…

La technologie fait aujourd’hui partie intégrante de l’entreprise, et les nouveaux outils qui en sont issus sont devenus incontournables dans la recherche de croissance et de performance. Mais les boards des grandes entreprises ont-ils les compétences nécessaires pour comprendre ces enjeux et s’investir sur ces problématiques ? Pas à en croire les conclusions d’une étude publiée le 25 février 2016 par le groupe de recrutement Amrop*. Celui-ci s’est penché sur le parcours de 1 280 administrateurs au sein de 110 boards. D’après ses recherches, seuls 36% des administrateurs d’entreprises du secteur technologique attestent de compétences opérationnelles dans le domaine du digital. En dehors de ce secteur, ce chiffre tombe à seulement 5%. A titre d’exemple, on trouve au sein des conseils trois fois plus de profils financiers.  Fait notable : dans 23% des cas, les membres de la gouvernance dotés de compétences numériques sont des représentants des salariés.

Les profils digitaux sous-représentés 

Les auteurs de l’étude s’inquiètent par ailleurs de la sous-représentation de profils technologiques dans les secteurs où les enjeux numériques sont essentiels, comme celui des biens à la consommation (où ils ne sont que 5%) ou encore celui des services financiers (4%). Cette tendance s’observe tout particulièrement dans le Vieux Continent, et notamment en France, en Italie et au Royaume-Uni. Kirsi Sormunen, administratrice de Nestlé citée dans l’étude, déplore que « la digitalisation des conseils d’administration en Europe en est encore à ses balbutiements. »

Dans ces conditions, comment intégrer les enjeux de la transformation numérique au niveau de la gouvernance d’entreprise ? Ce sujet est d’autant plus problématique qu’il est difficile à concilier avec la gestion de la cyber-sécurité. Des exemples très médiatisés des conséquences de failles informatiques ces dernières années ont fait ressortir les risques que représentent la perte de données sensibles. « Le passage à des processus de travail disruptifs et digitaux vont indéniablement provoquer des challenges inédits en matière de sécurité », reconnait Amrop. « La fréquence et l’importance de ces risques se sont déjà intensifiés avec les innovations de plus en plus rapides dans les domaines du cloud, de l’utilisation de datas ou encore de la technologie mobile. » 

Mener de front révolution technologique et sécurité 

Plusieurs administrateurs interrogés dans le cadre de l’étude avancent d’ailleurs le sujet de la sécurité comme premier frein au lancement d’une stratégie de transformation numérique. Pour Amrop, le bon dosage entre évolution nécessaire et vigilance en matière de sécurité est avant tout une question d’équilibre. Un constat souligné par Kirsi Sormunen, qui reconnaît que « Les questions de cyber-sécurité et de protection des informations-clients font indubitablement partie des menaces les plus fortes actuellement pour les conseils d’administration », tout en ajoutant que « les attentes et le niveau de satisfaction des consommateurs en matière de services digitaux sont aussi un facteur à prendre en compte. »

Pour la plupart des administrateurs interrogés dans le cadre de l’étude, l’évolution digitale de leur entreprise passera par la simplification de process internes, comme les sytèmes d’information ou l’ERP. Mais les auteurs de l’étude remarquent que le board a souvent du mal à interagir dans les process initiés par les services informatiques ou la fonction finance. « Pourtant, l’initiative de ces changements devrait venir du conseil d’administration, en collaboration avec ces services et en prenant en compte les besoins stratégiques de l’activité », écrivent-ils. 

Reste à savoir si les actionnaires chercheront, dans les années à venir, à rééquilibrer cette tendance en intégrant aux instances de gouvernance davantage de spécialistes attestant d’une expertise en matière de nouvelles technologies… Faute de quoi, les entreprises risqueront de ne pas être en mesure de s’adapter aux nouvelles attentes de leurs clients. « A l’heure du digital, toutes les entreprises doivent se réinventer », avertit Catherine Barba sur L’Equation de la Confiance (http://equationdelaconfiance.fr/rencontre/catherine-barba-plus-aucune-en...). « Les dirigeants qui n’ont pas encore pris la juste mesure de ce bouleversement et qui ne passent pas à l’action en prenant des décisions radicales seront en effet, je le crains, les fossoyeurs de leurs entreprises. »

Retrouvez ici le compte-rendu de l’étude

* Méthodologie : Cette étude a été menée au cours du second semestre 2015 par Amrop. Elle recense 1 280 administrateurs au sein de 110 conseils d’administration dans 11 pays du monde. L’étude considère que les administrateurs ont un profil digital lorsqu’ils ont occupé un poste de Directeur des systèmes d’information, de Chief Data Officer ou de Directeur de la technologie, ou lorsqu’ils ont eu une expérience opérationnelle dans les 10 dernières années au sein d’une entreprise opérant dans des secteurs précis (SaaS, médias sociaux…). 
 

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