Responsabilité

Responsabilité sociale : ce qu’Aristote peut apprendre aux entreprises

Beaucoup d’entreprises peinent à recueillir l’adhésion de leurs parties prenantes, voire de leurs propres collaborateurs, dans le cadre de leurs politiques de responsabilité sociale. Et si l’explication se trouvait du côté des grands philosophes ?

Les organisations prennent aujourd’hui conscience de la nécessité d’adopter une stratégie en matière de responsabilité sociale. Pourtant, leurs efforts dans ce domaine n’ont pas toujours les effets escomptés auprès de leurs clients, prospects, ou encore du public.  Ces actions sont fréquemment suspectées de « greenwashing », ou de miser davantage sur les effets d’annonces que sur les actions concrètes.

Les entreprises dans la lignée de Kant et Bentham

A en croire Rosa Chun, professeur d’éthique des affaires à l’University College de Dublin (UCD), cette suspicion  s’explique par la façon dont les entreprises abordent la question de l’éthique. Selon un article de la chercheuse publié dans le magazine HBR, la plupart d’entre elles agissent en effet selon deux courants philosophiques : les préceptes d’Emmanuel Kant ou ceux de Jeremy Bentham

L’auteur de la Critique de la Raison Pure rapproche la responsabilité et l’éthique de la notion de morale : les individus doivent ainsi agir avant tout par obligation morale. « Supposez que vous voyez quelqu’un mendier dans la rue, mais que vous n’éprouvez aucune compassion pour cette personne », imagine Rosa Chun. « Vous l’aidez parce que vous estimez avoir l’obligation de le faire. Ce sentiment découle de la pression publique, et non de votre respect ou de votre empathie pour cette personne. » Selon elle, les entreprises fonctionnent sur le même schéma, ce qui explique leur difficulté à susciter l’adhésion du public, celui-ci ressentant ce manque d’authenticité. 

L’utilitarisme de Jeremy Bentham est, selon elle, l’autre grand courant de pensée régissant le rapport des entreprises à la responsabilité sociale. Celui-ci voit la responsabilité sociale comme un moyen d’obtenir un avantage concurrentiel, ou comme une façon d’effacer les effets négatifs d’une crise de réputation. 

L’alternative aristotélicienne

Pour Rosa Chun, les entreprises agissent donc, dans un cas comme dans l’autre, de façon rationnelle. Elles peuvent alors apparaître comme « calculatrices » dans leurs efforts pour prendre en compte les attentes du public et agir de façon éthique. 
La chercheuse recommande plutôt aux entreprises de s’inspirer de la pensée aristotélicienne. Le philosophe grec définit la vertu comme une disposition acquise de façon volontaire. Il n’envisage pas les comportements éthiques par le biais de l’utilitarisme. Pour lui, l’Homme réfléchi se doit d’adopter un comportement continuellement exemplaire dans la recherche du bonheur commun. Ce comportement est favorisé par l’habitude et la pratique d’actes vertueux, avance-t-il dans L’Ethique à Nicomaque.

Si la parole d’Aristote s’adresse aux individus, Rosa Chun pense que les enseignements du disciple de Platon peuvent être utiles aux entreprises. 

Une question de valeurs

Une vision partagée par certains dirigeants. Ainsi, Emmanuel Lulin, directeur général de l’Ethique de L’Oréal et délégué du président, préconise des programmes éthiques « issus des valeurs de l’entreprise et des individus qui la composent ». Les programmes « fondés sur la seule conformité » sont à l’inverse selon lui « des faillites de l’esprit », dénonce-t-il.

Interrogé sur le sujet des chartes éthiques, Frédéric Moulin, président du conseil d’administration de Deloitte France, estime de son côté que celles-ci n’ont de sens que dans la mesure où « elles sont en adéquation avec les valeurs de l’entreprise, valeurs respectées par tous et en premier lieu par les dirigeants ». 

Une stratégie efficace ne doit ainsi pas être sous-tendue par des objectifs de marketing ou de communication, mais s’inscrire dans une démarche de sincérité. 
 

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