Transparence

Qui sont les nouveaux leaders d’opinion ?

Médias, pouvoirs publics, hommes et femmes politiques : les référents qui fédéraient hier l’opinion du grand public sont aujourd’hui sujets à la défiance. Mais à qui les Français accordent-ils désormais leur confiance ?

Les hommes politiques, grands perdants de la crise de confiance

La confiance que les Français accordent aux médias est souvent vue comme écornée. Les résultats de l’enquête « Les Déterminants de la Confiance » de Deloitte / Opinionway, suggèrent qu’elle serait même sérieusement ébranlée. Selon ce sondage, les Français ne sont ainsi que 29% seulement à dire faire confiance aux journalistes. Mais certaines professions suscitent encore davantage de méfiance : c’est notamment le cas des célébrités ou personnalités publiques, à qui 18% seulement de la population disent accorder leur confiance. On retrouve en bas de classement les hommes et femmes politiques, pour qui ce chiffre est de 12% seulement. 45% des répondants déclarent même n’avoir « pas du tout confiance » en eux. 

Dans ces conditions, quelle parole est perçue comme crédible par les Français ? Les proches se démarquent clairement : la famille et les amis sont les personnes jugées les plus fiables : elles sont citées par respectivement 93% et 92% des répondants. Plus surprenant, les collègues de travail inspirent confiance à 69% de la population, signe que l’entreprise est considérée comme une véritable communauté. 

Toujours dans le monde professionnel, la figure du chef d’entreprise suscite la confiance pour un Français sur deux. Un chiffre qui pourrait s’expliquer par la figure duale du dirigeant : si le patron de PME est souvent vu comme une personne fiable, le PDG d’une grande entreprise suscite davantage l’inquiétude chez les Français. A noter que la confiance inspirée par le chef d’entreprise est fortement corrélée au profil des répondants : les catégories sociales les plus aisées sont 59% à dire lui faire confiance, contre 42% seulement pour les autres. 

Si la sphère des proches est la plus plébiscitée, d’autres modèles se distinguent : ceux qui attestent d’une certaine expertise. C’est notamment le cas des intellectuels, comme les écrivains et les chercheurs (67%) ou encore les professionnels du droit, comme les notaires et les avocats (59%). 

Pas de confiance sans éthique

Quelles sont les qualités requises pour susciter la confiance des Français ? L’éthique et le sens moral se démarquent : ces valeurs sont citées par 7 personnes sur 10. Les compétences, ainsi que la capacité d’écoute, sont également des critères importants : ils sont mis en avant respectivement par 48% et 45% des répondants. La légitimité ne viendrait donc pas seulement de la compétence, mais en premier lieu du sens moral. A noter que ce critère est davantage mis en avant par les personnes de 50 ans et plus que par les franges les plus jeunes de la population. 

L’enquête s’est également penchée sur la façon dont se construit la confiance accordée aux entreprises et aux marques. Là encore, les institutions n’ont que peu d’influence : les médias ne sont cités que par 1 répondant sur 10. Les pouvoirs publics et les syndicats sont encore moins crédibles (respectivement 8% et 7%). Pour se faire un avis sur les entreprises, les Français écoutent en priorité les associations de consommateurs (55%), puis leurs proches ou encore des personnes qu’ils savent compétentes (51% dans les deux cas). Les entreprises elles-mêmes sont un vecteur d’informations crédible pour 41% des répondants. Il peut sembler surprenant que ce chiffre soit quatre fois plus important que celui des médias. Faut-il comprendre que les journalistes ont définitivement perdu l’adhésion du grand public, ou que la communication des entreprises est perçue comme une source d’information solide ?

Les jeunes plus sensibles aux blogs et aux réseaux sociaux

On peut par ailleurs relever que la personne ou l’institution qui délivre l’information n’est pas le seul facteur déterminant dans le processus de construction de la confiance : le canal par lequel elle est véhiculée exerce aussi une influence. 

La prédominance du bouche à oreilles peut surprendre. Les répondants accordent en effet davantage de crédit à cette façon de recevoir l’information (66% d’entre eux disent que cette source a une influence positive) qu’aux sites d’information en ligne (43%), la presse écrite (39%), ou encore les émissions de télévision ou de radio (35%). Un chiffre qui fait à nouveau transparaître la défiance des Français vis-à-vis des médias, même s’ils demeurent plus fiables selon eux que la publicité (24%) ou les blogs (23%). Cités par 17% seulement des répondants, les réseaux sociaux semblent souffrir d’un déficit de crédibilité. Sans surprise, la fiabilité de ces trois vecteurs d’information est beaucoup plus forte chez les 18-34 ans. Ceux-ci seraient-ils appelés à monter en puissance dans les années à venir ?

L’enquête semble suggérer que les leaders d’opinion n’ont pas disparu, mais ont plutôt changé de profil. La position institutionnelle n’est plus au cœur de cette notion : elle a laissé la place à une relation personnelle nouée avec l’individu. Un paradigme où le chef d’entreprise, plus proche des Français que les médias ou les pouvoirs publics, peut avoir sa place. Le sens moral est par ailleurs capital dans la construction de la confiance, même si la question de la légitimité a également sa place sur ce sujet comme en atteste la confiance accordée à certains experts.

 

Cette étude a été réalisée auprès d’un échantillon de 1004 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle, de catégorie d’agglomération et de région de résidence. Les interviews ont été réalisées par questionnaire autoadministré en ligne sur système CAWI (Computer Assisted Web Interview). Les interviews ont été réalisées du 2 au 5 novembre.

Crédits photo : Fred Inklaar - Tate Modern, Restaurant (via Flickr.com / Licence CC)

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