Technologie

Quelle confiance accorder aux robots gestionnaires de fortune ?

Le conseil automatisé gagne du terrain. De plus en plus de portefeuilles de particuliers sont aujourd’hui gérés par des « robo-advisors ». Derrière ce terme, se cachent des algorithmes développés par des fintech qui seront capables, demain, de gérer n’importe quelle solution d’épargne. Mais quelle confiance leur accorder ?

Les banquiers doivent-ils s’inquiéter ? Depuis cinq ans aux Etats-Unis, des gestionnaires d’un nouveau genre ont fait leur apparition sur le marché de l’épargne des particuliers. Leur nom ? « Robo-advisor ». Il s’agit d’algorithmes développés outre-Atlantique par des fintechs, dès le début des années 2000, qui ont décidé de s’attaquer au lucratif marché de la gestion financière. 

Aujourd’hui, plusieurs sociétés françaises ont rejoint les pionniers américains sur ce segment et proposent un service de conseil automatisé. Concrètement, il suffit au particulier de souscrire un abonnement sur Internet. C’est ensuite un programme informatique, ou « conseiller virtuel », qui se charge de faire fructifier son épargne.

Quels services offrent les « robo-advisors » ?

Comme dans le secteur bancaire ou dans celui des conseils en investissements financiers, les fintech ne proposent pas toutes les mêmes modes de gestion : certaines ont ainsi développé une offre de gestion conseillée où l’épargnant pilote seul son portefeuille sur la base de recommandations. Une autre s’est spécialisée dans la gestion déléguée. Mandatée par l’investisseur, elle se charge d’ouvrir un contrat d’assurance-vie (et bientôt PEA, comptes-titres ou PERP) chez son partenaire assureur et en exécute la gestion au quotidien. Un service proche de celui proposé par les banques en ligne existantes.

Leur ambition dans les années qui viennent est de démocratiser la gestion de l’épargne. « Jusqu’à présent, pour gérer son patrimoine, il fallait être accompagné par un conseiller financier. Ce qui impliquait de disposer d’un patrimoine élevé. Notre objectif est de démocratiser l’accès à la performance des marchés financiers », expliquait à La Tribune Léonard de Tilly, fondateur de Fundshop, à l’occasion de la première conférence nationale consacrée aux start-up de la finance 2.0 en octobre 2015. Avec un marché mondial de robots-conseillers déjà évalué aujourd’hui à plus de 14 milliards de dollars, son vœu est en passe d’être exaucé. Pour Pascal Koenig, associé responsable secteur Asset Management chez Deloitte, « le modèle des Robo-advisors trouve son origine et son succès dans le besoin des particuliers de disposer de solutions d’épargne pour la retraite, accessibles et à moindre coûts. » 

Craintes autour des conseillers virtuels 

Mais l’arrivée des robo-advisors pose aussi la question de leur fiabilité. Quel niveau de confiance faut-il leur accorder ? Les professionnels sont divisés sur ce sujet. Une chose est sûre : « Ils suscitent des craintes majeures dans ce secteur en pleine expansion », constate le CFA Institute. Une enquête publiée par l’association des professionnels de l’investissement révèle que « le conseil automatisé – robo-advisors en tête – fait naître des craintes de dérives en matière d'erreurs, de défaut dans les algorithmes et de protection des données ». Sur les 700 membres du CFA Institute interrogés, 46 % s’inquiètent de voir apparaître des défauts majeurs dans les algorithmes de conseil automatisé ; 30 % prédisent des erreurs dans le conseil et 12 % dans la protection des données et de la vie privée. Ils sont en revanche 70 % à estimer que les services financiers automatisés auront néanmoins, à terme, un impact positif sur les investisseurs grand public aisés et qu’ils permettront une réduction des coûts ainsi qu’un meilleur accès aux services de conseil. Comme le souligne George Hartman, PDG de Market Logics Inc., une société de conseil de gestion des affaires, les robo-advisors peuvent en effet être un outil précieux pour améliorer l’efficacité des conseillers et « se libérer pour passer plus de temps avec ses clients ».  

Outre la défiance du grand public, le développement en France des robo-advisors pourrait toutefois se heurter à certaines contraintes. Pascal Koenig cite notamment « la double problématique du système de retraite (répartition/capitalisation) et la structure de l’épargne qui reste, comparativement, faiblement financière. » L’absence de produit d’épargne dédié à l’épargne retraite individuelle constitue un autre frein au développement de ces nouveaux entrants, ajoute-t-il. « L’assurance-vie, seul véhicule à même de répondre, plus ou moins, à ces attentes, est marquée par sa rigidité, liée notamment à sa « transférabilité » très partielle. »
 

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