Gouvernance

Prise de décision : les hommes sont-ils trop confiants ?

De nombreuses études le montrent, les femmes accordent leur confiance plus difficilement que les hommes. La prise de risque serait en revanche une caractéristique principalement masculine. Deux traits de personnalité qui s’associent parfaitement dans l’entreprise.

Terry Odean, professeur de finances de l’université de Californie, a analysé durant deux décennies les transactions financières selon les genres : masculin ou féminin. Comme il l’explique dans les colonnes du Washington Post, il a constaté que les hommes, non seulement multipliaient les investissements, mais surtout prenaient bien plus de risques que les femmes dans leurs choix financiers. « Nos recherches ont montré que les investissements réalisés par des hommes étaient 45 % plus importants que ceux décidés par des femmes. » Cette multiplication des risques entraîne forcément davantage de pertes. « En moyenne, souligne Terry Odean, les investissements réalisés par des femmes pour le compte de grands groupes sont plus performants de 4 % à 6 %. » Pour expliquer cette activité débordante de la gent masculine, l’universitaire pointe un excès de confiance. Les hommes seraient trop sûrs d’eux. 

La même tendance s’observe en matière de management selon les chercheurs Geoff Trickey et So Yi Yeung, auteurs d’une étude intitulée « Women leaders less likely to take risks ». Durant trois ans, les deux psychologues ont analysé les différences comportementales, dans le milieu de l’entreprise, de près de 2 000 sujets de sexe opposé, répartis aux quatre coins du monde. Leur conclusion est que le leadership féminin est plus efficace que le masculin. « L’excès de confiance de la gent masculine génère souvent de mauvais choix. Les femmes sont deux fois plus méfiantes que les hommes », constatent  Geoff Trickey et So Yi Yeung. « La différence entre les deux sexes implique que les hommes et les femmes ont développé un type de risque génétique. C'est-à-dire qu'ils ont atteint un équilibre façonné par l'évolution de notre espèce qui est essentiel à notre survie », analyse Geoff Trickey. C’est cet équilibre qui doit, absolument, être respecté : « Il est facile de voir comment, à long terme, la prudence dans la prise de décision des femmes a épousé de manière très efficace l'impulsivité, l’insouciance et la démarche aventureuse des hommes. » 

40 % de femmes dans les conseils d’administration d’ici 2020 

Cette complémentarité entre hommes et femmes dans l’entreprise est mise en exergue par les professeurs américains Chester S. Spell et Katerina Bezrukova dans un texte intitulé « Genre, prise de décision et performance » : « Les entreprises font souvent appel à des équipes mixtes car elles mobilisent des goûts et des approches divergents afin d’élaborer ou définir un produit / un service. Ces goûts peuvent dépendre du genre et surtout être complémentaires lorsqu’il faut faire des choix décisifs… si les femmes et les hommes collaborent en équipe. » Plutôt que d’opposer les genres, il serait donc préférable de les associer. « La composition démographique d’un groupe, et plus précisément la proportion d’hommes et de femmes, peut être envisagée comme un facteur-clé de la réussite économique », confirment Chester S. Spell et Katerina Bezrukova. Une grande entreprise a donc tout intérêt à miser sur la mixité des sexes dans ses équipes, en trouvant le bon équilibre, plutôt que de les dissocier. « Nous pensons qu’il est nécessaire, aujourd’hui, d’étudier les différences entre les genres dans le contexte du groupe pour comprendre comment femmes et hommes prennent ensemble les décisions et contribuent au succès de l’entreprise. » 

La promotion de la mixité dans la gouvernance des entreprises va dans ce sens. La loi Copé-Zimmermann prévoit une féminisation des conseils d’administration à hauteur de 40% au 1er janvier 2017 dans les entreprises de plus de 500 salariés. Les sociétés non cotées de moins de 500 salariés devront s’y conformer en 2020. 
 

Ajouter un commentaire

Pour suivre la discussion

Retrouvez chaque mois, les rencontres et les réflexions qui animent le débat de l’équation de la confiance.