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Pour réussir, start-up et grands groupes doivent lier leurs destins

Aujourd’hui, plus de la moitié des entreprises les plus puissantes du monde ont investi dans des jeunes pousses. Ces alliances basées sur la confiance mutuelle permettent aux petites et aux grandes structures de s’enrichir des atouts de leur partenaire. Et la France n’est pas en reste…

Des collaborations intelligentes entre les plus puissants et les plus agiles sont à l’origine de plus en plus de succès entrepreneuriaux retentissants. Ainsi, plus de 61 % des « licornes », ces start-up valorisées à plus de 1 milliard de dollars, ont au moins un groupe industriel parmi leurs actionnaires. Ce chiffre a été dévoilé début février dans une étude intitulée « How do the World’s Biggest Companies Deal with the Startup Revolution » et pour laquelle Serguei Netessine (professeur à l’INSEAD) et Arnaud Bonzom (directeur de l’innovation du fonds de capital-risque 500 Start-up) ont épluché les données des 500 premières entreprises du dernier classement Forbes Global 2000.  Autre chiffre illustrant les relations étroites qu’entretiennent aujourd’hui les jeunes entreprises et leurs « bienfaiteurs » : selon ce même document, 52,4 % des 500 plus grandes entreprises du monde travaillent en collaboration avec des start-up. 

Les groupes français en bonne voie 

Selon les résultats de cette enquête, la France est loin d’être en retard, puisqu’il ressort que 92 % des plus grandes entreprises tricolores ont noué des liens étroits avec des « jeunes pousses » innovantes. Cette statistique surprenante place l’Hexagone devant l’Allemagne, et même loin devant les Etats-Unis (45 %). Les secteurs les plus engagés dans cette démarche commune sont l’industrie pharmaceutique (avec 94 % des entreprises impliquées), mais aussi les télécoms (85 %) et les grandes banques (64 %). 

Ce soutien des grands groupes aux start-up se matérialise sous différentes formes : incubateurs, parrainages, partenariats, concours, co-working... L’investissement au capital (« Venture Capital ») reste néanmoins le plus répandu, puisqu’il concerne plus de 62 % des collaborations. 

Ces bons chiffres ne doivent pas occulter le chemin qui reste à parcourir en France et que souligne l’étude « David avec Goliath » menée par le cabinet de conseil en stratégie Bain & Company et le fonds d’investissement dans l’économie des start-up Raise, présentée en mars 2016. Celle-ci confirme une forme d’effervescence depuis 3 ans autour des « jeunes pousses », mais observe aussi un niveau d’investissement et d’engagement « hétérogènes » des grands groupes. 38 % des jeunes entreprises interrogées déplorent ainsi un déséquilibre du partenariat tandis que 32 % constatent une trop grande lenteur. 

Une question de confiance

Par ailleurs, aux Etats-Unis, les montants d’investissements des « Corporate Ventures » sont 24 fois plus élevés qu’en France (6,9 milliards contre 290 millions d’euros), alors que le PIB américain n’est que 6 fois supérieur. Pour ne pas se laisser distancer, les grands groupes tricolores doivent donc accélérer le mouvement. « Il faut passer à l’étape d’après », confirme Paul-François Fournier, directeur exécutif de l’innovation de BPI France, interrogé dans le cadre de l’étude. « Ce n’est pas l’hébergement qui va créer de la valeur : il faut prendre des participations ou faire des acquisitions. » Cet avis est partagé par 20 % des start-up françaises interrogées, qui recommandent vivement une alliance avec une grande entreprise : « Ce sont des partenaires de choix avec des moyens financiers », remarque le dirigeant d’une jeune entreprise cité dans le cadre de l’étude. 

Selon les conclusions de l’étude « David avec Goliath », les conditions sine qua non de la réussite d’un tel partenariat sont la confiance réciproque et le respect des intérêts économiques de chacun. Cette démarche fonctionne dans la mesure où le grand groupe retire lui aussi les fruits de cette collaboration. « Aujourd’hui l’alliance avec de nouveaux partenaires (jeunes entreprises et universités notamment) est une nécessité : les grandes entreprises n’ont plus le monopole du savoir et de la créativité. Au siècle de l’interaction et de la connectivité, le “not invented here” n’est vraiment plus de mise », analyse Alain Evrard, directeur général Acquisitions, Licences & Développement Externe de L’Oréal.  Comme le soulignent les auteurs de l’étude de Bain & Company et Raise, « les partenariats les plus réussis sont ceux où la jeune entreprise apporte une brique indispensable à la grande entreprise ». Impliquer davantage les start-up – qui sont 320 000 à voir le jour chaque année en France – dans un projet global semble donc être la clé de tous les succès. 
 

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