Responsabilité

Penser l’entreprise au-delà de ses résultats financiers

Socle de la confiance, la responsabilité de l’entreprise détermine la qualité de sa relation avec ses parties prenantes. Grâce à la responsabilité sociale des entreprises (RSE), les décideurs n’y voient plus une contrainte, mais au contraire une opportunité, une force et un levier de performance.

La responsabilité est l’obligation de répondre de ses actes et d’en assumer les conséquences, tout particulièrement lorsque ceux-ci sont condamnables. Pour les entreprises, cet enjeu correspond à des contraintes juridiques, mais également à une demande sociale toujours plus pressante.

Aller au-devant des attentes de la société

Le changement de posture des entreprises par rapport à la notion de responsabilité découle d’une prise de conscience : chacune d’entre elles s’insère dans un tout dont elle ne peut s’affranchir, et qui englobe l’environnement et la société au sens large. 

Cette posture ne va pas de soi : la théorie des jeux montre que, dans une situation donnée, les intérêts personnels, ou ceux d’une organisation, peuvent conduire à des performances collectives négatives. La seule recherche de performance, décorrélée de toute autre considération, peut ainsi déboucher sur des externalités négatives. Cette vision rejoint les travaux de l’économiste italien Vilfredo Pareto, qui a étudié les états de la société dans lesquels il est impossible d’améliorer le bien-être d’un individu sans détériorer celui d’un autre.

Aujourd’hui, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à aller au-devant des attentes de la société, en montrant qu’elles peuvent assumer leur responsabilité au-delà des contraintes réglementaires. Cette problématique se traduit par une implication croissante dans la responsabilité sociale des entreprises (RSE). Ce concept, qui remonte aux années 1960, est généralement associé à l’action menée par une organisation pour protéger l’environnement, mais elle ne se limite pas à cette notion, et englobe des enjeux sociaux et sociétaux.

Bénéfices tangibles

La question de la gestion de ces biens communs, au sens où ils sont partagés par tous, divise les économistes depuis le milieu du XXe siècle. C’est notamment l’objet du débat qui a opposé l’écologue américain Garrett Hardin et l’économiste Elinor Oström, récompensée en 2009 par le prix Nobel d’économie. Le premier est le tenant de la théorie de la « tragédie des biens communs », selon laquelle chacun tente d’accumuler des biens pour optimiser son gain personnel, tandis que la seconde postule que la surexploitation des biens communs n’est, au contraire, pas une fatalité. 

Pour inciter les jeunes à avoir envie de rester, les entreprises doivent miser sur l’alignement des valeurs et la transparence.

Mais du point de vue de l’entreprise, pourquoi s’impliquer dans les sujets de RSE ? Certains bénéfices tangibles découlent de cette démarche, comme l’accès à des marchés publics ou privés qui sélectionnent les prestataires selon des critères recoupés sous le terme « ESG » (Environnement, Social, Gouvernance). Ils peuvent aussi ouvrir les portes de fonds d’investissement spécialisés dans la gestion ISR (investissement socialement responsable).

Un comportement responsable permet également de fédérer les collaborateurs et peut contribuer à réduire le turn-over. Afficher des valeurs éthiques est par ailleurs devenu un véritable atout de séduction pour les entreprises, notamment auprès des talents issus des générations Y et Z, dont les études montrent qu’elles sont, davantage que leurs aînés, à la recherche d’une vision et de valeurs de la part de leur employeur.

« La jeune génération est très exigeante vis-à-vis de l’entreprise, dont elle attend qu’elle soit un lieu d’accomplissement », estime Emmanuelle Duez, fondatrice du cabinet de consultants TheBosonProject et lauréate du prix des Women’s Awards. 
« Pour inciter les jeunes à avoir envie de rester, les entreprises doivent miser sur l’alignement des valeurs et la transparence. Quelqu’un qui s’engage se demande pourquoi il le fait. Il a besoin de trouver une résonnance en lui. C’est ce supplément d’âme qui fait que le jeu en vaut la chandelle. »

Vers une démocratisation du reporting intégré

La question de la responsabilité ouvre par ailleurs la perspective selon laquelle la valeur de l’entreprise dépasse la seule somme de ses résultats financiers. Elle s’enrichit de sa contribution au développement local, de l’étendue de son impact sur l’environnement, ou encore des conditions de travail qu’elle met en œuvre. En considérant ces sujets comme l’objet d’une discussion à entretenir auprès de ses parties prenantes, elle construit son image dans la durée. 

Là où la communication financière s’adresse aux partenaires directs de l’entreprise (investisseurs et créanciers), la communication extra-financière touche un public plus large : clients, ONG, gouvernements… Loin de s’opposer à la performance économique, la RSE peut ainsi devenir un outil de dialogue, de stratégie, voire de différenciation concurrentielle. Elle participe à enrichir le capital immatériel de l’entreprise.

Pour entretenir cette valeur, certaines entreprises font le choix du reporting intégré, document de synthèse présentant une vision globale de la stratégie de l’entreprise en recensant à la fois les données financières et extra-financières.

Les pouvoirs publics commencent de leur côté à réfléchir à la nécessité de légiférer sur les problématiques de responsabilité sociale et environnementale. « La RSE est un sujet important », remarque Mireille Berthelot, associée chez Deloitte. 
« On constate que le monde politique ou le régulateur prennent le relais pour le rendre obligatoire lorsqu’il n’est pas porté par les entreprises de façon spontanée. »

Les données extra-financières posent la question de la régulation, mais aussi celle des outils. Comment quantifier l’apport pour l’entreprise de valeurs par définition intangibles ? C’est là l’un des grands enjeux auquel fait face le monde économique.
 

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