Gouvernance

Organisations autonomes : les entreprises pourront-elles se passer de nous ?

A l’heure où les tests se multiplient autour des voitures sans conducteurs, certains théoriciens prédisent l’émergence, dans les années à venir, de Decentralized Autonomous Companies (DAC). Capables de prendre des décisions seules grâce à des lignes de code, ces entreprises pourraient même employer des personnes bien réelles...

Et si l’entreprise du futur était capable de se gérer et de se développer par elle-même, en prenant des décisions sans que des humains n’interviennent dans sa gouvernance ? C’est cette idée qui est à la base des concepts des DAO (Decentralized Autonomous Organization) et des DAC (Decentralized Autonomous Companies). Ces deux sigles font référence à des entreprises autonomes dont le principe de fonctionnement se fonderait sur la blockchain. Concrètement, la prise de décision y serait régie par un programme qui réagirait à des événements donnés de manière prédéfinie par des lignes de code. 

La particularité des DAC, par opposition à de simples programmes autonomes, est qu’elles détiendraient un capital dont elles pourraient disposer pour récompenser certaines tâches en basant les transactions sur des smart contracts. Une DAC pourrait ainsi employer des salariés humains pour remplir certaines fonctions dont elle ne peut s’acquitter elle-même. 

Le site américain Aeon donne l’exemple hypothétique d’une entreprise de location de vélos régie par une entreprise autonome. Dans cet exemple, la DAC se chargerait de la gestion quotidienne des locations et des paiements, en suivant des paramètres établis par un groupe de fondateurs. Les personnes qui hébergent le programme seraient rémunérées dans une crypto-monnaie (similaire au Bitcoin), qui pourrait également servir à louer des vélos. Toujours en suivant des protocoles prédéfinis, la DAC utiliserait les revenus générés par l’activité pour payer l’entretien des vélos, en cherchant des mécaniciens spécialisés via des informations disponibles en ligne. Un système suffisamment performant pourrait même choisir l’emplacement de nouvelles stations en analysant les lieux les plus fréquentés, et organiser la construction des infrastructures. 

La fin de la corruption ?

Si aucune organisation ne fonctionne aujourd’hui sur ce modèle, de nombreux informaticiens travaillent sur la question, parmi lesquels Vitalik Buterin, le fondateur d’Ethereum
Les théoriciens estiment que cette forme de gouvernance offre plusieurs avantages par rapport à une entreprise classique. En premier lieu, celles-ci seraient incorruptibles, et leurs décisions, régies informatiquement, ne pourraient pas être altérées par quelque forme de pression que ce soit. De plus, leur code source serait disponible publiquement, permettant une transparence totale et renforçant la confiance de leurs parties prenantes.  

Pour Stan Larimer, programmeur et président d’Invictus Innovations, « contrairement à leurs équivalents de chair et de sang, les DAC seront des corporations souveraines gouvernées avec une intégrité dont les humains sont incapables ». Il propose, pour garantir l’intégrité de ces entités, d’intégrer à leur code source trois principes dérivés des trois lois de la robotique d’Isaac Asimov : 
-    Une DAC doit toujours obéir à ses règles fondamentales
-    Une DAC ne peut pas changer ses règles sans le consentement de la majorité de ses participants
-    Une DAC doit protéger sa propre existence, tant que cette loi ne contredit pas les deux premières

 

Quelle responsabilité ?

Si l’emploi de protocoles « bienveillants » et l’usage d’un code transparent et accessible à tous peut dans une certaine mesure représenter une forme de contrôle, la mise en place d’entreprises réellement autonomes pose la question de la responsabilité. 
Les trois lois pensées par Stan Larimer assurent en effet que les activités de l’organisation resteront conformes à leur programme initial, mais celles-ci n’empêchent pas, en théorie, que ce programme recouvre des activités illicites. Que se passera-t-il dans le cas où une DAC enfreint la loi, ou dans l’hypothèse où ses activités entraînent des répercussions néfastes ? Comment établir les responsabilités au sein d’une organisation décentralisée ? 
 

Crédits photo : Rulwen Chua, Code.close () (licence CC via Flickr.com)

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