Technologie

Levée de fonds record pour The DAO : quel futur pour les entreprises décentralisées ?

Première société d’investissement autonome et décentralisée, The DAO a vu le jour au début du mois de mai. Cette cyber entreprise, gérée par un algorithme et financée par des milliers de personnes, a pour objectif d’investir dans des projets de start-up issues de l’économie de partage.

Derrière le nom The DAO (pour « Distributed Autonomous Organization ») se cache la première société d’investissement entièrement autonome et décentralisée fonctionnant grâce à la blockchain. Il s’agit d’un fonds d’investissement, le premier du genre, sans directeur ni conseil d’administration, constitué au début du mois de mai et animé par une technologie algorithmique. Ce logiciel exécute les décisions prises de façon décentralisée par des milliers d’investisseurs qui votent pour ou contre les investissements proposés. Ceux de The DAO sont plus de 4 000 aujourd’hui et à l’origine d’une levée de fonds considérable réalisée en un peu plus de deux semaines : plus de 150 millions de dollars ont été récoltés sous forme de crypto-monnaie.

The DAO cible l’économie de partage

Le fonctionnement de The DAO repose sur un principe de démocratie et de transparence. L’algorithme qui régit la société communique directement avec ses milliers d’investisseurs. C’est ce qui rend ce projet unique en son genre. Mais son objectif n’a rien de philanthropique : il s‘agit bien de gagner de l’argent en misant sur des start-up d’avenir. 

Dans les faits, The DAO se contente de réceptionner les projets et de les suggérer à l’ensemble de sa communauté de cofondateurs. Si 51 % des votants valident l’idée, alors The DAO investit en conséquence. Si ces placements donnent lieu à des versements de dividendes, ceux-ci seront redistribués. En d’autres termes, The DAO n’est pas une intelligence artificielle. Au bout de la chaîne, c’est bien l’humain qui reste le dernier décideur. Même si certains anticipent déjà que la machine pourra à terme se retrouver seule aux commandes… « On peut imaginer que la prochaine étape de l’aventure serait une structure similaire dont les décisions seraient prises par une intelligence artificielle », explique Pierre Entremont de la société Otium Venture, qui a investi à titre personnel dans The DAO comme il l’a confié à France 24

Comment fonctionne The DAO ?

Cette société de financement participatif dématérialisée s’appuie sur le réseau blockchain de la start-up Ethereum. Sa devise virtuelle est l’ether (ETH), dont chaque unité vaut environ 13 dollars. C’est ce système qui garantit la sécurité et la transparence des transactions, la chaine de confiance. En échange de dollars investis, les investisseurs reçoivent des jetons en ETH à la hauteur de leur mise de départ. Très prochainement, The DAO utilisera les fonds levés pour soutenir et investir dans des projets issus de l’économie du partage. Alexis Roussel, fondateur de Bity.com, premier négociant suisse de monnaie virtuelle, estime que ce projet incarne « la forme la plus parfaite d’association entre les gens », comme il l’a confié dans les colonnes du quotidien suisse Le Temps

Un succès fragile

Des zones d’ombre subsistent toutefois derrière le projet The DAO : quel est le statut légal des jetons ? Que se passe-t-il en cas de litige entre The DAO et des investisseurs ? Autre risque, soulevé par Pierre Entremont : « que sur les forums, où seront discutés les dossiers soumis à The DAO, les arguments restent très superficiels » et, qu’au final, les meilleurs dossiers ne soient pas retenus.  

Il reste un obstacle d’ordre juridique. Au regard du droit, The DAO qui n’est ni une personne physique, ni une personne morale, n’existe pas et ne peut donc, en théorie, investir dans des entreprises. C’est la raison pour laquelle la société allemande Slock.It, à l’origine du projet, a créé DAO.Link, une entreprise suisse considérée comme la façade juridique de ce nouveau fonds. Mais pour Pierre Entremont, cette structure ne règle pas tout : « Que se passera-t-il si, pour une raison ou une autre, The DAO n’est pas payée ? »
 

Ajouter un commentaire

Pour suivre la discussion

Retrouvez chaque semaine, les rencontres et les réflexions qui animent le débat de l’équation de la confiance.