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Les "élites" font plus facilement confiance aux institutions, entreprises en tête

Les personnes riches, éduquées et fortement consommatrices d’informations seraient plus enclines à porter un regard positif sur les institutions, selon une récente étude. Cette tendance, qui les oppose au reste de la population, serait par ailleurs de plus en plus marquée chaque année, et atteindrait un niveau inédit en 2016.

La confiance que le public place dans les institutions n’a jamais été aussi haute depuis cinq ans, selon une étude publiée par l’agence de relations publiques Edelman* en marge du forum de Davos. Mais ce résultat général, qui concerne les gouvernements, les médias, les ONG et les entreprises, masque en réalité une fracture au sein de la population. 

Inégalité devant la confiance

L’amélioration du climat concerne en effet principalement une minorité des personnes interrogées : celles que les auteurs de l’étude appellent le « public informé ». Les membres de cette tranche de la population, qui représentent 15% du total des répondants, se définissent par rapport à trois caractéristiques : ils ont suivi des études supérieures, se situent dans les 25% les mieux payés de leur tranche d’âge et sont fortement consommateurs de médias. 

La disparité entre les réponses de ce « public informé » et celle de l’ensemble de la population est frappante : là où 56% de l’ « élite » dit faire confiance aux médias, ce chiffre tombe à 49% pour l’ensemble des répondants. Cette différence entre les deux groupes atteint 8 points dans la confiance accordée au gouvernement, 9 points en ce qui concerne les entreprises, et 11 points pour les ONG. Un écart inédit depuis 2012, année de création de ce baromètre. 

Les auteurs de l’étude voient dans ces chiffres une « inégalité face à la confiance » qui se ressent également en fonction des niveaux de revenus. 60% des répondants les plus aisés disent avoir confiance dans les institutions pour « bien faire » d’une manière générale, contre 46% chez les moins fortunés. Cette disparité est particulièrement importante aux Etats-Unis, où la différence est de 31 points et en France, où elle atteint 29 points. 

Les entreprises plus fiables que les gouvernements ?

Autre enseignement de l’étude d’Edelman : les entreprises sont jugées plus dignes de confiance que les gouvernements au sein de 21 des 28 pays où l’enquête a été menée. C’est le cas de la France, où 46% des personnes interrogées disent faire confiance aux entreprises tandis que 24% seulement font confiance au gouvernement. A l’échelle mondiale, 80% des personnes interrogées estiment d’ailleurs qu’une entreprise peut parfaitement accroître ses bénéfices tout en améliorant l’environnement économique et social du pays dans lequel elle opère. Un chiffre en hausse de 6 points par rapport à 2015. 

Les entreprises sont également perçues comme les organisations les mieux à même de s’adapter aux évolutions du monde : elles sont citées par 61% de la population, devant les ONG (55%), les médias (56%) et les gouvernements (41%). 

Ces chiffres confortent les résultats de l’étude Les Déterminants de la Confiance de Deloitte Opinionway qui montrait que les trois quarts des Français font confiance aux produits qu’ils achètent et que moins d’une personne sur trois fait confiance aux institutions et aux pouvoirs publics. De la même manière, cette étude soulignait le statut de l’entreprise comme l’un des derniers remparts de confiance dans un monde où les repères sont toujours plus difficiles à trouver.  

Des mécanismes d’influence de moins en moins verticaux  

Le baromètre de la confiance d’Edelman pointe enfin une évolution des mécanismes d’influence. Les répondants disent ainsi faire nettement plus confiance à « une personne comme eux-mêmes » (63%) ou à un employé lambda (52%) qu’à un membre du gouvernement ou à un régulateur, jugé fiable par 35% seulement des répondants. « La pyramide de l’influence, dont les « élites » occupent traditionnellement les échelons les plus élevés, a été renversée », constatent les auteurs de l’étude. 

La même logique se retrouve dans les sources d’information, avec une forte montée en puissance des médias sociaux en termes de crédibilité par rapport aux médias traditionnels. Ce bouleversement de la communication via les réseaux sociaux et les communications de pair à pair ressortait déjà de l’étude Les Déterminants de la Confiance

 

* Méthodologie : 33 000 personnes ont été interrogées dans le cadre de cette étude entre le 13 octobre et le 16 novembre 2015 via des questionnaires en ligne. Retrouver l’étude complète.

Crédits photo : John LeGear - Cool Globes Chicago Hands Working Together (via Flickr.com / licence CC)

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