Responsabilité

Entreprises : quelle place pour la charte éthique ?

Pour se prémunir contre les scandales ou susciter la confiance du public, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à se doter de codes éthiques à usage interne. Mais quelle est la portée de ce document ?

Orange, L’Oréal, Michelin, BNP Paribas, Bouygues… De plus en plus de grandes entreprises font le choix de se doter d’une charte éthique. Que ces documents s’appellent code de conduite, de déontologie, ou de comportement, leur rôle est similaire : énoncer les valeurs de la société et définir les principes comportementaux attendus en interne et à l’égard des parties prenantes. Ils couvrent généralement des champs tels que la déontologie, le respect de l’environnement ou encore la lutte contre les discriminations.

Pour L’Oréal, l’un des premiers groupes à avoir agi sur cette question en mettant en place une charte dès 2000, la notion d’éthique permet de renforcer la confiance des collaborateurs en interne, mais aussi celle des parties prenantes en externe. En janvier 2016, Emmanuel Lulin, directeur général de l’Ethique du groupe, a été le premier Européen à recevoir le prix Carol R. Marshall Award for Innovation in Corporate Ethics, qui récompense les réalisations et l’innovation des responsables éthique et conformité au sein des entreprises. Pour lui, le bien-fondé d’une charte éthique réside avant tout dans le respect des bonnes pratiques : « Ce qui compte, c’est ce que l’on en fait », estime-t-il.

Culture d’entreprise

Pour que le code de conduite prenne vie au sein de l’organisation, les entreprises doivent donc travailler sur les usages. C’est dans cet esprit qu’Orange a construit un réseau de « correspondants éthiques » auprès des différentes entités économiques du groupe. « Nous avons d'un côté des personnes chargées de la conformité aux règles (notamment au regard de la lutte contre la corruption). De l’autre, nous avons des personnes qui sont chargées d'une notion plus fluide, moins normée, qui est cette notion d'éthique », explique Ramon Fernandez, directeur général délégué chargé des finances et de la stratégie du groupe. « Les salariés du groupe doivent pouvoir faire appel à un référent en cas d'interrogation dans des situations où la règle ne dit pas comment il faut se comporter. »

Pour Frédéric Moulin, président du conseil d’administration de Deloitte France, une charte est utile si elle reflète la culture de l’entreprise et de ses dirigeants. Elle doit, selon lui, être naturellement vécue comme un corpus de règles respectées par chacun : « Ce n’est pas l’Alpha et l’Omega de l’éthique en entreprise », estime-t-il. « Si la charte n’est qu’un moyen de se défausser des responsabilités de chacun sur les niveaux inférieurs et un moyen de sanction, alors elle ne sert pas à grand-chose. »

Cette question de la responsabilité est également pointée par Bernard Ramanantsoa, directeur général honoraire de HEC Paris. « Est-ce que la charte éthique a pour objectif de couvrir les responsabilités ? Et si oui, qui couvre-t-elle : l’entreprise ou l’individu ? »

Génération de valeur

Si cet écueil est évité et que la culture d’intégrité et d’éthique est réellement portée par l’entreprise, elle peut alors devenir génératrice de valeur, comme le souligne Emmanuel Lulin. Elle peut même selon lui constituer un atout pour séduire les talents. « C’est une raison pour laquelle les candidats choisissent une entreprise plutôt qu’une autre : parce qu’ils sont en adéquation avec ses valeurs. Ces candidats seraient d’ailleurs prêts  à un salaire moindre pour travailler dans une “meilleure” entreprise », estime-t-il. « C’est la même chose lorsque l’on peut choisir de vivre dans un Etat ou dans un autre. En dehors des cas dramatiques d’actualité, on le fait parce qu’on se sent en adéquation avec les valeurs de cette culture, de ce pays. »

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