Gouvernance

Demain, des conseils d’administration gérés par des robots ?

Les robots font leur entrée aux boards des entreprises, pour aider à la prise de décision. Peut-on imaginer, un jour, qu’un programme d'intelligence artificielle siège à la place des administrateurs ?

Le 13 mai 2014, une société spécialisée dans les investissements en capital-risque implantée à Hong-Kong, Deep Knowledge Venture (DKV), a introduit au sein de son conseil d’administration un algorithme dénommé Vital. Son rôle ? Préserver les intérêts financiers de la société et déterminer les investissements les plus rentables à effectuer. 

« Les humains sont subjectifs et influencés par leurs émotions. Ils peuvent commettre des erreurs, mais, contrairement aux machines, ils peuvent aussi avoir des intuitions géniales. Les ordinateurs, eux, utilisent seulement la logique. L’intuition des investisseurs humains combinée à la logique des ordinateurs donnera naissance à une équipe en parfaite collaboration. Le risque d’erreur sera minimisé », veut croire Dmitry Kaminskiy, administrateur de la société, interrogé par Beta Beat
Un an après l’arrivée du robot Vital, Karin Vey, experte en innovation du laboratoire de recherche d’IBM, confirme dans le journal allemand Tages-Anzeiger que « dans toutes les séances de la société DKV, l'algorithme a une voix » lors des votes, au même titre qu’un homme, et « a son mot à dire dans toutes les décisions sur les investissements ». 

Un robot capable de simuler un raisonnement humain  

Pour autant, les robots peuvent-ils remplacer les membres de conseils d’administration ? Les avis divergent. Sophie Chavanes et Patrice Montchaud, avocats chez KGA, jugent l’hypothèse d’un board robotisé « d’ores et déjà envisageable » dans un article publié sur le site de L’Usine digitale. Ils imaginent « une salle de réunion "Watson", du nom du robot développé par IBM capable de simuler un raisonnement humain, d’assurer des présentations interactives et de répondre aux questions des administrateurs sur tous les sujets intéressant une entreprise, en délivrant des informations objectives, pertinentes et potentiellement exhaustives ». 

Mais, prévient Michael Osborne, chercheur à l’université d’Oxford, l’algorithme ferait probablement un piètre administrateur. Les membres d’un conseil d’administration « ont besoin de temps pour raisonner et confronter leurs points de vue », comme il l’explique sur CNN – ce dont un robot n’est pas capable. Selon lui, « les postes de direction requièrent une maîtrise de la manœuvre politique, de l’interaction avec les autres et une touche de créativité pour prendre des décisions intuitives ». Autant de qualités dont l’automate est, à ses yeux, totalement dépourvu, contrairement à un être humain qualifié et expérimenté en la matière.

Pas de personnalité juridique 

En outre, la présence d’avatars au sein de conseils d’administration ne va pas sans soulever certaines questions, comme le soulignent les avocats Alain et Jérémy Bensoussan dans leur livre Droit des robots paru en juillet 2015 aux Editions Larcier. 
« Une telle présence est-elle juridiquement valide ? Dépend-elle du nombre d’administrateurs physiquement présents (quorum) ? » 
Pour l’heure, les robots n’ayant pas de personnalité juridique, ils ne peuvent pas être désignés comme dirigeants. 

Mais ils peuvent tout à fait aiguiller ces derniers. « Si les robots s’installent dans les bureaux des PDG ou viennent à participer aux réunions des conseils d’administration, ce n’est pas pour remplacer les dirigeants sociaux, mais pour, à leurs côtés, les aider à prendre les bonnes décisions », concluent Sophie Chavanes et Patrice Montchaud. L’algorithme peut en effet fournir des analyses servant de « point de départ d’une discussion au sein du conseil d’administration », renchérit Michael Osborne. Mais pas question de lui laisser les clés de l’entreprise ! 
 

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