Gouvernance

Comment venir à bout des « wicked problems » ?

Protéiformes, insolubles, résistants et informulables de façon définitive : les « wicked problems » peuvent mettre en péril les directions d’entreprises. Comment y faire face ?

Dans un monde en perpétuelle transformation, les problématiques qui affectent les sociétés sont de plus en plus complexes. Le monde de l’entreprise n’échappe pas à cette tendance. Pour John C. Camillus, professeur en Management stratégique à l’Université de Pittsburgh, beaucoup de dirigeants sont aujourd’hui démunis face à des problèmes d’un genre nouveau : les « wicked problems ».

Des problèmes insolubles ?

Parfois traduite de façon littérale en français par « problèmes vicieux », cette expression fait référence à une classe de problèmes bien particuliers. Leur caractéristique principale est… qu’il est impossible de les résoudre. Le théoricien Melvin Webber a popularisé ce terme dès 1973 dans l’article Dilemmas in a General Theory of Planning. Dans ce texte, il dégage plusieurs caractéristiques qui témoignent de leur complexité. Parmi celles-ci :

* Chaque wicked problem est unique et propre à son contexte particulier ;

* Il est impossible de définir clairement un wicked problem ;

* La quête de solutions ne s’arrête jamais pour ce type de problème ;

* Le choix d’une solution ne relève pas de critères objectifs, mais est avant tout une question d’opinion ;

* Ceux qui cherchent à résoudre un « wicked problem » sont tenus responsables pour les conséquences de leurs décisions.

La dégradation environnementale, le terrorisme, ou encore la pauvreté, sont des exemples classiques de wicked problems. Ceux-ci s’opposent donc aux problèmes ordinaires, même difficiles, qui peuvent être résolus dans un temps donné en appliquant des solutions traditionnelles. Les wicked problems impliquent de nombreuses parties prenantes aux intérêts divergents, en outre leurs racines sont multiples et profondes. Pour John C. Camillus, « non seulement les solutions conventionnelles sont inefficaces pour venir à bout de ces problèmes, mais celles-ci peuvent compliquer les choses en entraînant des conséquences indésirables. »

Une question de communication

Pour les entreprises, ce type de problématiques se présente généralement lorsque les organisations sont confrontées à de grands changements ou à des défis sans précédent. « La confusion, la discorde, ou encore le manque de progrès sont des signes probants qu’un problème peut être « vicieux » ou « wicked » », écrit John C. Camillus.

S’il est intrinsèquement impossible de résoudre les « wicked problems », les entreprises peuvent néanmoins déployer des stratégies pour y répondre au mieux. Selon John C. Camillus, la communication est clé : il recommande d’organiser des sessions de brainstorming et des focus groups entre les parties prenantes du problème pour échanger les points de vue. Il recommande également de les impliquer dans le développement de scénarios susceptibles de répondre au problème et de gagner leur adhésion sur une stratégie collective. « L’objectif est de parvenir à une compréhension commune du problème et à un engagement commun autour de façons de le résoudre », écrit-il.

Même s’il est probable que toutes les parties prenantes ne parviennent pas à s’entendre sur la formulation du problème, il est possible que chacune d’entre elles comprennent la position de l’autre et qu’elles puissent travailler ensemble à sa résolution.

Ne pas avoir peur de l’action

John C. Camillus recommande par ailleurs aux décideurs de ne pas s’enliser dans la considération des stratégies possibles, mais de s’engager dans l’action. « Dans un monde newtonien où cause et effet sont unis par des liens clairs, les entreprises peuvent juger de la stratégie à suivre. Mais dans un monde de possibilités complexes et mouvantes, il est impossible de savoir quelles stratégies seront efficaces, ou quelles seront leurs conséquences », écrit-il.

Tout projet pilote, initiative innovante, ou prototype, peuvent en effet permettre de mieux comprendre le ou les problèmes auxquels l’entreprise fait face, même dans le cas où ils engendrent des erreurs. Une philosophie qui présente l’avantage de mettre en valeur les enseignements tirés de l’échec.

 

Crédits photo : Rubiks Cube, par Antoine Pietri

Ajouter un commentaire

Pour suivre la discussion

Retrouvez chaque mois, les rencontres et les réflexions qui animent le débat de l’équation de la confiance.